11 Juil 2011, 12:18
Six semaines. Une éternité.
Allongée sur son lit, les yeux plongés dans le vague, Luzianis songeait. Plus qu'une réflexion, c'était une série de remémorations, ses pensées allant à toutes les personnes qu'elle avait laissées derrière elle, à Segura Fe, et notamment à celles qui lui étaient particulièrement chères.
Silaña, d'abord. Sa grande sœur, sa meilleure amie, celle qui lui avait fait prendre conscience de ses dons divins et l'avait aidée à les développer, celle qui l'avait soutenue dans ses phases de doute et avait fait d'elle ce qu'elle était à présent. Luz lui avait écrit deux semaines plus tôt, et la réponse tardait à arriver. Elle lui manquait ; son pays lui manquait. Parfois la jeune Élue se demandait ce qu'elle était venue faire à Satô, pourquoi elle s'était portée volontaire, s'il n'aurait pas mieux valu qu'elle restât chez elle. D'autres jours, elle en voulait à son amie de ne pas l'avoir accompagnée, de l'avoir
abandonnée pour s'occuper de ses autres protégés, de lui avoir fait croire que cette séparation ne leur ferait que du bien à toutes les deux. Heureusement, la plupart du temps, elle avait la tête bien assez pleine pour ne pas avoir le temps de penser à cela, sans pour autant l'oublier lorsqu'elle adressait ses prières aux neuf dieux.
Ensuite, Logunad. Ce n'était pas comme si celle-ci était restée en Fuerza, puisque Anis pouvait l'invoquer lorsqu'elle le souhaitait. Mais à Satô, c'était différent. Les gens ne regardaient pas les créatures des dieux de la même façon. Souvent, ils les craignaient ; d'autres fois, un ninja de la ville lui demandait de la révoquer. Il n'y avait bien qu'à la maison de la Congrégation que la corchuza pouvait apparaître sans que qui que ce fût eût à y redire, mais rester enfermée n'était pas son truc. Elle avait besoin d'espace, et comme si les regards méfiants ne suffisaient pas, le climat ne lui convenait pas du tout. Sa maîtresse ne savait malheureusement pas comment arranger cela, et espérait qu'au printemps, lorsque la neige commencerait à fondre, elles pourraient explorer ensemble les environs, se promener seules là où elles ne gêneraient personne et personne ne les gênerait.
*Qu'il est loin, ce printemps...*Et puis, il y avait Nalian. Un ami de longue date, lui aussi, puisqu'ils se connaissaient depuis une dizaine d'années. Plus qu'un ami, à dire vrai, même s'il lui arrivait d'en douter. Elle connaissait l'amour fraternel, l'amitié, mais cette forme d'amour qu'on ne pouvait vouer qu'à des personnes très spéciales lui était inconnue, ou tout du moins incompréhensible. Elle ne niait pas que ses sentiments pour Nalian n'avaient rien à voir avec ceux qu'elle portait à ses autres amis, ou même à Silaña, mais elle ne comprenait pas en quoi ils étaient différents. Pour ajouter à sa confusion, on lui avait dit une fois que cet amour-là s'accompagnait d'une attirance physique ; pour Nalian, elle n'en avait aucune. De ce point de vue là, Luzianis était différente des autres Fuerzos, elle le savait. Mais après tout, elle n'était pas une Fuerza, et pas n'importe qu'elle Señala non plus ; c'était une Élue, il fallait bien que cela impliquât quelques particularités.
*Assez pensé à cela ! songea-t-elle en se redressant ;
l'enfermement ne me réussit pas.*Poussant sur ses mains pour glisser le long des fourrures, elle s'arrêta un instant lorsqu'elle fut au pied du lit, puis se leva avec un air déterminé. Sortir de cette chambre lui ferait effectivement le plus grand bien, mais elle n'avait pas besoin d'aller bien loin : descendre au salon pour y rejoindre quelques-uns de ses nombreux colocataires devrait largement suffire à la distraire. S'arrêtant ensuite devant son miroir, elle arrangea son chignon dont dépassaient deux mèches à l'avant, épousseta rapidement sa longue robe aux motifs complexes teintée de nuances de bleu, et jeta un bref coup d’œil à son dos nu avant de tirer un peu sur le tissu au niveau du cou - le frottement la brûlait un peu. S'estimant fin prête, elle quitta donc sa chambre pour descendre au rez-de-chaussée, où on l'accueillit avec les égards habituels.
Quelques minutes plus tard, elle était assisse dans un fauteuil, un verre de mentino à la main, à écouter le récit d'un Fuerzo qui s'était rendu à Suzu durant quelques jours et leur faisait part de ce qu'il avait vu durant son voyage. Segurita n'était pas dans les parages, pour le plus grand plaisir de Luzianis, mais aussi d'Aliz qui n'aimait pas entendre ces deux-là se chamailler. Lorsqu'on frappa à la porte, ce fut l'intendante qui ouvrit à Ichigo, l'invitant sans attendre :
"Bienvenue chez nous, étranger ! Entrez vite, il fait un froid de canard à l'extérieur !"Elle proposa d'abord de prendre sa veste, puis l'escorta jusqu'au salon, où plusieurs Fuerzos le saluèrent chaleureusement. Luz, quant à elle, le dévisagea en haussant un sourcil, attendant de découvrir qui était cet homme et ce qu'il venait faire ici.
"Asseyez-vous, allez-y ! Je peux vous apporter quelque chose ? Peut-être une boisson chaude ?"