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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
Petit à petit, je fais mon nid.

Bibliothèque générale, début de matinée ; Luzianis et Edward


Comme la plupart des matins, Edward fut réveillé par les premiers rayons du soleil qui entraient par la fenêtre sans rideau de sa chambre de bonne. Il s'étira et se rendit compte que comme la plupart des matins il s'était endormi sur un livre et n'avait du dormir que quelques heures - ce qui accentuait son côté émacié et blafard, ce dont il ne savait rien, n'ayant pas de miroir chez lui et les livres ne lui renvoyant pas son reflet. Il jeta un œil autour de lui pour s'imprégner de la rassurante vision de murs trop étroits cachés par des piles de livres, puis se rendit compte qu'il s'était encore endormi en caleçon et chaussettes.

Essuyant un mince filet de bave qui descendait jusqu'à son menton, Edward se mit en quête de nourriture. Quête qui ne dura pas longtemps puisque le rebord de sa fenêtre - qui faisait office de réfrigérateur l'hiver afin de ne pas dépenser trop d'électricité - était à un mètre de lui. Edward y pris une brique de lait, un yogourt et un œuf. Il retourna ensuite sur son bureau et il enleva les innombrables livres afin de transformer son meuble en table de petit-déjeuner. Il chercha ensuite sous le meuble - qui faisait office de rangement pour le peu de vaisselle qu'il avait - pour y dénicher un bol et un verre.

Toute personne ayant subi les ravages de l'alcool et avec un peu d'expérience sait que le "Prairie Oyster" est fait pour délivrer quelqu'un des maux de ce que l'homme moderne appelle communément la gueule de bois - pour les ignares rappelons que ce " cocktail" consiste à verser un œuf cru dans un verre en prenant bien soin de ne pas casser le jaune. Y ajouter une cuillère à café d'une sauce à la saveur aigre-douce et légèrement piquante - préparée essentiellement à partir de mélasse, de vinaigre, d'anchois, d'échalote, de pulpe de tamarin, d'ail et d'épices diverses, à faire soi-même ou à acheter en magasin - ainsi que quelques gouttes de n'importe quelle sauce à base de piments, un peu de sel et de poivre. Edward n'avait jamais consommé une goutte d'alcool de sa vie mais était tombé sur la recette dans un recueil de cocktails et l'avait essayé. Ce mélange très étrange lui avait plu et il s'était rendu compte que le fait de prendre un coup de fouet culinaire au réveil une fois de temps en temps lui permettait de passer une excellente journée.

Son cocktail ingéré, il versa du lait dans son bol et y ajouta des flocons d'avoine ainsi qu'un demi yogourt et une banane - dont la couleur aurait fait pâlir n'importe quel invité, mais Edward n'invitait jamais personne dans son placard studio. Son "petit-déjeuner" pris, Edward fit un brin de toilette dans son évier, boutonna machinalement sa chemise et mis une cravate. Il chaussa ses lunettes puis ses brodequins, se rendit compte qu'il avait oublié son pantalon - passons sur ces détails - et une fois habillé ferma à clé la porte de son cagibi logement. Quelques marches plus bas, il entrait par une porte de service de la bibliothèque générale du Quartier Sud, accrocha son manteau au mur, retroussa ses manches et commença à ranger dans le noir les livres qu'il avait emprunté la veille. Il alluma ensuite la lumière et alla regarder l'emploi du temps des salariés. Aujourd'hui, Edward était de corvée d'accueil.

*Et dire que la journée avait si bien commencé...*

Il se dirigea vers le bureau de l'accueil en trainant des pieds, passa par le distributeur se servir une bouteille de boisson gazeuse et s'affala sur le siège à roulettes du bureau. La bibliothèque ouvrait d'ici une heure, il avait le temps de se rendormir en espérant que les visiteurs ne prendraient pas la peine de le réveiller pour lui poser des questions...

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Luzianis Aran
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Membre de la guilde de Satô
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Petit à petit, je fais mon nid.
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[hj : owiii une session "raconte-moi ton petit-déj" !]

Comme la plupart des matins, Luzianis fut réveillée par son horloge interne. Pour elle qui avait l'habitude de se lever très tôt et de faire le tour des temples de Segura Fe avant de réellement commencer sa journée, le décalage horaire avec la capitale fuerza était bien pratique. Ici, pas de temples, pas de fidèles qui l'arrêtent en chemin pour discuter, mais une nouvelle routine. Au réveil, après avoir enfilé une robe de chambre bien épaisse et joliment décorée, elle commençait toujours par une petite prière devant l'autel improvisé au pied de son lit, avec un appel à la protection des neuf dieux pour sa famille et ses amis, puis généralement quelques mots à certains dieux en particulier.

A la sortie de sa chambre, il y avait toujours quelqu'un pour lui offrir un jus de fruits. Tandis que Luzianis se rendait au "salon des Élus", où elle déjeunait avec les quelques autres Elegidos venus à Satô, on ouvrait les volets de sa chambre, faisait son lit et un brin de ménage, avant de lui faire couler un bain. La jeune Aran dégustait tranquillement un festin digne de son statut tout en discutant avec ses égaux, échangeant des impressions sur Satô et ses habitants, ainsi que leurs programmes de la journée. C'était à cette occasion, entre deux galettes de pomme de terre recouvertes de groseilles, qu'elle avait ce matin évoqué son intérêt pour WasserWelt et son envie d'en savoir plus.

"Jamais entendu parler, lui avait-on répondu en augur ; Est-ce un village ?
- Plutôt un pays, si j'ai bien compris. Mais je crois que la personne qui m'en a parlé n'avait pas toute sa tête."
Elle faisait bien sûr référence à Rune JürgenToch et à sa "simplicité d'esprit", mais l'existence de WasserWelt lui avait été confirmée par un autre membre de la guilde, Wilfred Gidae. Le premier Élu était retourné à son petit-déjeuner, mais un autre avait tout de suite fait une suggestion :
"Tu devrais chercher dans des livres, les auteurs publiés sont certainement plus fiables que les Satôsiens mal informés ou ton informateur fou.
- Folle, en réalité, mais je ne crois pas que son état soit si grave. Après tout, il s'agit d'une Élue, les dieux ne l'auraient pas choisie si sa situation était si inquiétante. Mais je vais suivre ton conseil. Sais-tu où je pourrais commencer mes recherches ?
- Certainement. Dans le quartier sud, à la bibliothèque générale. Je n'y suis pas allé moi-même mais j'ai pu entendre des Satôsiens en parler avec enthousiasme."

La destination et la tâche de la journée avaient donc été choisies de cette façon. Par la suite, Luz s'était lavée, habillée avec goût, puis avait organisé, avec un autre Élu, la prière commune matinale. Rien de bien compliqué, il suffisait d'évoquer les personnes en difficulté qui auraient bien besoin d'un soutien divin, puis chacun se recueillait en silence avant de recevoir la bénédiction des Élus. Elle avait ensuite revêtu un long pull bien épais, son manteau brun et les accessoires indispensables à sa survie en milieu hivernal, avant de quitter la demeure de la congrégation.

Le trajet jusqu'au quartier du Feu avait été, comme d'habitude, froid et compliqué. Anis avait dû demander son chemin à des ninjas patrouillant dans le coin, et n'avait pu s'empêcher de s'arrêter devant un "vide" troublant. En effet, sur une large zone, le sol semblait avoir été creusé, et des enfants s'amusaient à y descendre en glissant sur des luges. Était-ce un espace de jeu ? C'était si grand ! En y réfléchissant, elle se dit qu'il pouvait s'agit d'un terrain de sport - d'un sport qu'elle ne connaissait pas encore mais découvrirait certainement bien assez tôt. Il s'agissait en fait du "cratère" du quartier du Feu, mais cela, Luzianis l'ignorait, n'en ayant pas entendu parler ; et puis, il était dissimulé par la neige, alors comment le deviner ?

Arrivant finalement devant la bibliothèque générale, elle ne perdit pas de temps à l'observer et entra directement, s'arrêtant à peine la porte refermée derrière elle pour ôter son bonnet orange et son manteau, couverts de neige. S'il y avait un endroit pour les accrocher, elle le ferait, sinon il lui faudrait les garder à la main. Vêtue d'un pull gris qui lui arrivait presque aux genoux, laissant apparent le bas d'une robe dorée brodée de fleurs rouges, elle s'approcha de l'accueil d'un pas assuré sans toutefois se défaire de ses gants. Trouvant le bibliothécaire en pleine sieste, elle s'en offusqua d'abord, puis s'en amusa en voyant que lui aussi avait gardé ses mains bien au chaud.

Dormir au travail était irresponsable et irrespectueux, et quelque chose que Luzianis n'appréciait pas. Mais d'un autre côté, ce jeune homme lui semblait presque attendrissant, elle n'avait pas tellement envie de le déranger. Oh, bien sûr, elle aurait pu s'aventurer seule dans la bibliothèque pour faire des recherches par elle-même, mais ayant l'habitude de se reposer sur les autres pour des tâches si "futiles" que des recherches, elle n'allait tout de même pas faire elle-même ce qui était le métier d'un autre. Elle avait donc besoin de lui, mais tant qu'il se reposait, c'était l'occasion idéale pour jouer à son nouveau jeu - deviner l'origine géographique d'une personne à partir de son apparence. La Fuerza l'observa donc quelques instants en réfléchissant.

*Voyons... Ses cheveux sont étranges, je n'ai jamais vu une telle teinte. Il a l'air assez mince, probablement plus grand que moi, mais c'est difficile à dire. Et sa peau est très claire... Aucune idée. Je ferais mieux d'en profiter pour me renseigner sur les autres pays, tant que j'y suis.*

Son ignorance en termes de géographie n'était pas très flatteuse, mais elle devait bien reconnaître les limites de ses connaissances si elle souhaitait les améliorer. Rien ne l'avait destinée à quitter Fuerza, sauf pour Señal, et il était déjà bien qu'elle eût appris l'obakien. Et puis, ce n'était pas la nécessité de s'instruire qui l'avait menée à cette bibliothèque, mais simplement sa curiosité. Ce fut également celle-ci qui la décida à réveiller le bibliothécaire :

"Excusez-moi, jeune homme ?"

Si cela ne suffisait pas à le faire émerger, elle le répéterait, plus fort s'il le fallait, jusqu'à ce qu'il fût bien réveillé. Puis, s'il ne s'enfuyait pas ou ne la perturbait pas avec une remarque ou question quelconque, elle demanderait :

"Bonjour. Je souhaiterais avoir quelques informations sur le pays de WasserWelt. C'est bien un pays, n'est-ce pas ?"
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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Alors qu'il rêvait d'aventures, de chasses au trésor et de bateaux voguant sur des mers de livres, Edward fut tiré de son sommeil par une voix de jeune femme. N'en connaissant aucune dans son entourage plus ou moins proche - n'ayant d'ailleurs personne dans son entourage proche - son subconscient lui conseilla tout d'abord de ne pas relever, le son en question provenant sans doute d'une personne qui n'avait rien à voir avec lui et qui s'adressait sûrement à quelqu'un d'autre (chose somme toute assez bizarre puisqu'il n'y avait qu'une voix et pas deux) mais les sons aigus continuaient et devinrent bientôt une litanie entêtante qui l'obligea à ouvrir un œil. Devant lui se tenait une silhouette vêtue de gris et aux cheveux partiellement verts, ce qui l'intrigua assez pour ouvrir l'autre œil et lever la tête. Une fille. Devant lui. Lui parlant. Non, ce n'était pas le Kraken rose et vert contre lequel il combattait quelques minutes plus tôt au côté des capitaines les plus courageux de l'histoire de la fiction, mais lui parler allait relever du même courage et de la même témérité.

"Bleuargh ?", lanca-t-il en s'étirant.

Son onomatopée favorite prononcée - celle-là même qui généralement faisait fuir les personnes qui auraient été tentées de lui parler - il détailla la jeune femme. Elle ne semblait pas vouloir partir. Edward commença à craindre le pire : il allait devoir lui parler...

"Bonjour. Je souhaiterais avoir quelques informations sur le pays de WasserWelt. C'est bien un pays, n'est-ce pas ?"

Sa peau était bronzée, ce qui fit comprendre à Edward qu'il avait devant lui une étrangère, possiblement Fuerzo ou Señalo... Et au vu de la couleur de ses cheveux et de sa stature, elle était de Fuerza sans l'ombre d'un doute. Son maintien montrait à Edward quelqu'un qui se sentait supérieur à lui mais ses cheveux n'étaient pas assez clairs pour être ceux d'un aristocrate Señalo... Et pourtant il n'existait pas vraiment de castes à Fuerza...

Les données de ces deux pays fusaient à toute vitesse dans la tête du jeune homme, pesant le pour et le contre afin de savoir comment tenter de commencer l'ébauche d'un début d'une phrase pour répondre à son interlocutrice, qui finit par se rendre compte qu'il avait encore les deux bras en l'air et la bouche ouverte. Gêné, il remonta ses lunettes le long de son nez d'un coup d'index et baissa la tête. Il jeta alors un regard qu'il voulut aimable (et qui devait plus ressembler à la grimace d'un homme en train de se faire amputer sans anesthésie) et répondit :

"Bon...Bonjour. Vous -vous - êtes de Fuerza non ? Vous êtes ... une - une - des premières personnes que je croise de cette région du monde. Ravi. Enfin, je suis content que ... Euh, ravi d'être ... enchanté ?"

Le peu de couleur qu'il restait sur le visage d'Edward le quitta. Comme d'habitude, il n'arrivait pas à aligner trois mots sans bégayer et pourtant cette nouvelle arrivante présentait un certain intérêt puisque les seules choses qu'il connaissait de Fuerza et de Señal lui venaient de lectures. Pour couper court, il griffonna sur un papier :

Citer:
Navré, une extinction de voix. Les livres que vous cherchez sur le WasserWelt sont à l'étage, je vous y conduis. En gros douze clans unis sous un Pape, le chef de leur religion. Ce sont des gens très croyants. Que souhaitez-vous savoir ? Leur histoire, comment s'est construite leur religion ?

Penaud, Edward fit un geste de la main pour entrainer la jeune fille vers les escaliers qui menaient à l'étage - et aux rayons d'histoire et économies étrangères. Le seul point positif de cette rencontre c'est qu'il avait quitté le bureau d'accueil... Et si jamais il n'arrivait pas à discuter avec cette fille, il pouvait toujours la semer dans les rayons...

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Luzianis Aran
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Le jeune homme finit par ouvrir un œil, puis l'autre, dévisageant la cliente avant de lui adresser un "Bleuargh". Le mot ne faisait malheureusement pas partie du vocabulaire obakien que Luzianis avait acquis, mais d'après sa sonorité et l'air un peu ahuri de celui qui l'avait prononcé, ce ne devait être qu'un son incontrôlé sans signification particulière. Elle ne s'en formalisa donc pas et posa sa question, qui sembla arrêter le temps pour son interlocuteur. Enfin, locuteur, ce n'était pas encore sûr, mais on n'aurait pas mis à l'accueil quelqu'un qui ne pouvait pas parler, si ? L'inconnu avait une attitude étrange, et la responsable de son réveil brutal se demanda si elle n'était pas encore tombée sur un spécimen à part - peut-être un Rune au masculin. Il se ressaisit finalement, la rassurant quelque peu.

Lorsqu'il ouvrit la bouche - pour parler, pas bailler - la Fuerza comprit rapidement pourquoi il avait l'air gêné : il bégayait, et semblait avoir du mal à trouver ses mots, ou au moins à les associer de façon cohérente. Il ne devait déjà pas être facile à comprendre pour des personnes dont l'obakien était la langue maternelle, alors imaginez la difficulté pour une étrangère ! Elle comprit cependant qu'il avait tout de suite deviné d'où elle venait, et tiqua un peu sur "ravi d'être enchanté" - peut-être une formule de salutation qu'elle ne connaissait pas ? Ne voulant pas lui paraître impolie, elle répéta, très sérieusement :

"Moi aussi, je suis ravie d'être enchantée."

Si elle avait eu de quoi écrire, elle aurait sans doute noté la formule pour la répéter plus tard, étant certaine de la confondre avec "ravie de vous rencontrer" si elle essayait de la ressortir de mémoire. Elle était de toute façon plus préoccupée par le jeune homme qui n'avait vraiment pas l'air de se sentir bien. Une explication à cela arriva sous la forme d'un papier, qu'elle dut lire plusieurs fois pour bien en comprendre le sens. Bizarrement, elle se trouvait facilement en difficulté à l'écrit, alors qu'elle n'avait pas trop de mal à l'oral. Un concept lui échappa cependant ; comment une religion pouvait-elle avoir un chef ? Ne voulait-il pas dire "dieu", plutôt ?

"C'est très gentil de votre part de m'accompagner, le remercia-t-elle finalement, et j'espère que votre voix se rallumera bientôt. Si vous avez besoin d'un médecin, je peux vous indiquer une doctoresse très aimable qui pourra certainement vous aider."

Tandis qu'elle le suivait dans les escaliers, Luz réfléchissait à ce qu'il lui avait demandé. La religion pouvait être un bon point de départ, cela l'aiderait certainement à mieux cerner Rune - ainsi que Wilfred si elle était amenée à le revoir. Et puis, elle voulait en savoir plus sur l'équivalent wasserweltien des Élus des Dieux, les Besitz, et comprendre pourquoi ceux-ci étaient craints et tués. De plus, sa mission était si proche de celle de la jeune blonde simplette, cela ne manquait pas d'intriguer Anis... Cependant, la perspective de lire des livres pour trouver toutes ces informations ne l'enchantait guère. Si seulement le bibliothécaire pouvait lui parler à la place pour lui éviter cette corvée !

"Je crois que je vais commencer par la religion, annonça-t-elle entre deux rayons. Auriez-vous un livre à me conseiller pour en savoir plus sur les Besitz ?"
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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Si Edward avait été une machine à cet instant précis, sa frimousse aurait eu une teinte rouge brique et de ses oreilles serait sortie une dense fumée, schématisant assez bien une locomotive lancée à sa vitesse maximale. Donc – et ce bien qu’il ne le laissait aucunement paraître – le cerveau du jeune bibliothécaire tournait à toute vitesse. De trop nombreuses données s’additionnaient, comme le fait de devoir tenir une conversation tout en tâchant de ne pas avoir l’air d’un sociopathe ou d’un attardé, le fait tout à fait moindre de trouver le bon rayon et les bons livres (sans tomber sur qui que ce soit qui aurait lui aussi besoin d’aide ou de renseignements), ou encore la brûlante question : restait-il des œufs sur le rebord de la fenêtre ?

Edward avait enfoncé ses mains dans ses poches, et prenait bien soin de ne pas regarder la jeune fille qui marchait un mètre derrière lui. Un bref regard cependant pour mettre ses données à jour : une fille, sûrement de Fuerza, légèrement plus petite que lui mais sans doute son ainée de quelques années. Des anneaux à son oreille droite, douze – chose qui aurait pu soulever une question si Edward avait été curieux. Tout ce qui n’était pas relié, en cuir ou en papier ne l’intéressait guère (sauf les mille-et-une manières de cuisiner les féculents). Il se demandait cependant – au vu de ses dernières lectures sur les relations sociales et publiques – s’il ne lui faudrait pas se décharger oralement d’une banalité dont les gens avaient le secret afin d’engager malheureusement une « conversation » avec la personne en sa présence. Heureusement pour lui la jeune fille parla en premier.

"Je crois que je vais commencer par la religion. Auriez-vous un livre à me conseiller pour en savoir plus sur les Besitz ?"

Pendule à zéro. En bon professionnel Edward oublia tout ce qui le rongeait une seconde auparavant – oubliant même qu’il ne lui restait plus d’œufs sur le rebord de la fenêtre - échafaudant mentalement une liste d’ouvrages de référence ainsi qu’un petit résumé si la demoiselle n’avait pas le temps (ou l’envie) de lire les dix-huit livres qu’il se préparait à lui montrer. Le fait de réfléchir ainsi le fit se décontracter – légèrement – et c’est avec une bien meilleure ébauche de sourire qu’il se retourna vers la jeune fille.

« Plusieurs ouvrages que nous avons sont très complets mais celui –ci, dit-il en saisissant sans se retourner un petit livre de poche,sans rentrer trop dans les détails vous offrira une vue générale de la religion des Wasserweltiens et vous permettra de mieux comprendre leur vision de ce qu’ils appellent les Possédés. »

Et soudain Edward comprit le sens de la question de la jeune fille. Qu’une Fuerza s’intéresse à un pays aussi autarcique que le Wasserwelt et à sa religion ne pouvait vouloir dire qu’une chose – dans l’esprit rationnel du jeune homme tout action avait une cause intéressée. Rien n’était jamais purement altruiste ou illogique.

« Excusez-moi demoiselle, mais… Vous êtes une Elue des Dieux n’est-ce pas ? Et vous vous demandez ce qui vous différencie d'un Wasserweltien avec des pouvoirs ? Si vous avez un peu de temps nous pouvons nous asseoir et je vous parlerai de la différence entre les Besitz et les Elus… »

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Luzianis Aran
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Cette fois-ci, pas de papier ni de crayon, et aucun bégaiement. Le bibliothécaire avait de toute évidence retrouvé ses moyens ; sans doute son extinction de voix n'avait-elle été qu'une conséquence de sa fatigue, prompte à se dissiper. Luzianis fut quelque peu soulagée de ne pas avoir à déchiffrer un autre texte en obakien, mais le soulagement fut plus grand encore lorsque l'employé lui suggéra un livre de taille tout à fait raisonnable qu'elle devrait pouvoir lire assez rapidement. Il lui faudrait sûrement un dictionnaire également, mais en demander un risquait d'être assez compliqué puisque, si le mot lui venait naturellement en augur, elle n'avait aucune idée de sa traduction dans la langue de Satô. Tant pis, elle improviserait.

*Besitz signifie Possédés. C'est bon à savoir... Mais qu'est-ce qu'il entend par Possédés ?*

Avant qu'elle n'eût pu poser la question, l'inconnu lui en adressa une qui ne manqua pas de la surprendre. Comment avait-il deviné qu'elle était une Élue ? Ça ne se lisait pourtant pas sur son visage ! Qu'elle était de Señal, oui, on le voyait sur sa peau, et s'il avait entendu parler d'un groupe arrivé de Fuerza, il pouvait penser qu'elle venait de là-bas - puisqu'on trouvait assez fréquemment des Señalos à Fuerza. Mais rien n'indiquait qu'elle avait des dons divins... Aliz lui avait remonté les bretelles la veille, ainsi qu'aux autres Élus "imprudents", en leur rappelant qu'ils feraient mieux de ne pas révéler leur "nature" à n'importe qui, et elle avait promis de faire attention. Mais elle n'aimait pas mentir, et était de toute façon très mauvaise à cela ; en plus, dans le cas présent, l'employé avait tapé dans le mille, ne méritait-il pas une réponse honnête ?

"Vous avez vu juste, mais s'il vous plaît, j'aimerais que cela ne s'ébruite pas. Si vous connaissez la situation des Élus en Señal, vous comprendrez mon besoin de rester discrète à ce sujet. Les Satôsiens ne sont pas une menace pour nous, mais il n'est pas impossible que Fortuno III tente quelque chose contre nous... Comme on dit, mieux vaut prévenir que regretter."

En tout cas, c'était l'expression utilisée en augur. Luzianis était un peu nerveuse, tirant sur les manches de son long pull, les remontant, les étirant à nouveau, puis touchant le col comme s'il la gênait... Cette nervosité n'était qu'un signe de son inquiétude, que l'employé avait faite remonter. Depuis son réveil, elle n'avait pourtant pas repensé au discours d'Aliz, et cela ne lui avait pas du tout manqué, mais maintenant, il allait lui être difficile de l'oublier...
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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Sa question posée, Edward remarqua un léger tressaillement de la part de son interlocutrice. Et il comprit. Elle n’était pas de Fuerza mais de Señal. Et dans ce pays, les vitalistes étaient traités comme de vulgaires armes du pouvoir. Edward se sentit d’un coup embêté par la réaction de la jeune femme. Embêté – non pas embarrassé – parce qu’il ne voyait pas ce qu’il était convenu de faire dans ces moments-là. Il essaya de se rappeler ce que ses dernières lectures lui avaient apportés en matière de rapports sociaux : fallait-il se taire, essayer de rassurer la personne, être chaleureux, distant ?

*Une idée, vite une idée… Le dernier ouvrage ne disait-il pas qu’il fallait aller dans le sens de la personne troublée ?*

« Ne vous inquiétez-pas demoiselle, si j’ai pu vous confondre avec une Fuerza alors la plupart des gens de Satô feront de même… Et vos mèches vertes ne font pas très Señala … Et les Satôsiens sont plus méfiants qu’intéressés par les étrangers donc ils ne font pas toutes ces distinctions et se fichent pas mal de vous livrer à votre souverain… Enfin, je ne veux pas dire que tous les Satôsiens sont xénophobes, c’est juste qu’après l’attaque que nous avons subis il y a deux ans les gens sont encore un peu à cran… »

*Tu t’égares Edward, calme-toi… Qui ferait confiance à quelqu’un comme toi ? Tu n’es pas cohérent dans tes propos, trouve autre chose pour lui montrer qu’elle peut croire en ton honnêteté …*

Après un début très peu prometteur, le jeune homme s’était enfin retrouvé dans une conversation qu’il pouvait maitriser – et ne pas passer donc pour le dernier des sociopathes, ce qu’il était un peu vu son manque d’entraînement au niveau relationnel… Et voilà que tout repartait à vau-l’eau. Dommage. Les protagonistes se seraient trouvés dans une bande dessinée pour enfants, Edward se serait frappé plusieurs fois de suite la tête contre un des meubles… Ensuite il se serait évanoui, un flot impressionnant de sang lui sortant du crâne – les enfants lisent des horreurs. Cela lui aurait permis de ne pas avoir à trouver de solution pour cette situation qui lui semblait sans issue. Il aurait voulu disparaître…

*Minute…*

Edward se mit une énorme baffe pour se faire taire – aussi bien extérieurement qu’intérieurement – puis sourit de nouveau à la jeune Señala (le même sourire que la première fois, tendance « je suis à mon premier rendez-vous arrangé par un ami et j’ai un clou qui vient de me rentrer dans la plante du pied gauche alors que son roquet me mord la jambe droite, qu’elle est bien plus moche que je ne le pensais mais j’essaie de faire bonne mesure »). Sans un mot, il prit le livre qu’il lui avait tendu et chercha du coin de l’œil un coin d’ombre au pied d’un rayon et l’y appuya. Le livre était dans une certaine pénombre, mais était encore visible. Jusqu’à ce qu’il mette sa main devant. Il la regarda, lui fit un clin d’œil (il avait lu quelque part que cela pouvait passer pour de la complicité) puis enleva sa main.

Le livre avait disparu. Il s’approcha ensuite d’elle et d’un geste assuré qui montrait une certaine aisance avec ce petit tour il passa sa main près de l’oreille de la jeune femme et en « sortit » le livre. C’était comme si une porte c’était ouverte près de l’oreille de son interlocutrice et que le livre en sortait. C’était d’ailleurs presque ça.

« Nulle crainte fille, je vous comprends parfaitement et saurai me taire. Je suis, voyez-vous, dans le même cas bien que tout le monde s’en moque ici et que peu de gens ne le savent… »

D’un sourire triomphant, il lui fit signe de la suivre et s’enfonça dans un rayon qui débouchait sur une série de petites tables. C’était une salle de lecture et de travaux, mais peu de gens ne venaient utiliser les livres d’économie et histoires étrangères. Les rares membres de la guilde qui venaient se renseigner lui demander directement des versions abrégées de ce dont ils avaient besoin.

« Personne ne viendra nous déranger ici. Où en étions-nous ? »

Tout content – c’était la première fois qu’il pouvait montrer son aptitude à quelqu’un d’autre que ses parents et les recruteurs de la guilde. Quelqu’un d’autre. Comme lui. Enfin. C’était quand même une fille. Et une Señala. Qu’il ne connaissait pas. A cette heure-ci il aurait du encore être endormi ou faire semblant de l’être pour ne pas parler aux visiteurs. Que lui réservait la suite ?

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Luzianis Aran
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La "clause de confidentialité" sembla à nouveau rendre le bibliothécaire mal à l'aise, mais l'étrangère ne s'en sentit pas coupable, supposant qu'il devait être facilement impressionnable. Lorsqu'il évoqua l'origine géographique de Luzianis, celle-ci se demanda si elle devait lui expliquer d'où elle venait, et pourquoi elle était à la fois Fuerza et Señala, mais trouva cela trivial et n'en dit rien. Il parla ensuite des Satôsiens et de leur méfiance, et l'Élue comprit très bien - ou, en tout cas, pensa qu'elle comprenait, n'ayant pas vécu ce qu'ils avaient vécu. Elle avait bien vu les regards en coin, entendu les commentaires désobligeants et les mises en garde de ses concitoyens, qui lui avaient bien dit de ne jamais mentionner les mots "téléphone", "télévision", "ordinateur" - des mots qu'elle ne connaissait de toute façon pas et qui n'avaient probablement pas d'équivalents en augur.

*Cela dit, je devrais pouvoir en parler avec des personnes raisonnables, comme ce jeune homme. Il serait tout de même préférable que je connaisse la signification des mots que je n'ai pas le droit d'utiliser.*

Alors que l'employé lui semblait désormais à peu près normal, si ce n'était sa sensibilité en situation... et bien, dans toutes les situations, celui-là la surprit en se frappant lui-même au visage. La violence de l'acte et le bruit qui l'accompagnait firent sursauter la jeune femme, ébahie par cette punition qu'elle ne comprenait pas. Peut-être essayait-il simplement de se réveiller ? Le sourire qui suivit cette action surprenante ne fit qu'ajouter à l'inquiétude de la cliente, qui songea à demander à Canelle de lui rendre une petite visite, puisque l'inverse ne semblait pas intéresser cet étrange jeune homme. L'incompréhension de Luz atteignit un sommet lorsqu'il plaça le livre sur la religion wasserweltienne au bas d'un rayon, sans raison apparente.

"Mais enfin, que faîtes-vous ?"

Un clin d'œil lui répondit, sans la moindre information à ce sujet ; l'instant d'après, le livre avait disparu. Elle se demanda d'abord s'il l'avait poussé sous l'étagère du bas, et surtout pourquoi il l'avait caché, avant de soupirer en se disant que, s'il ne le ramassait pas, elle devrait se mettre à quatre pattes pour récupérer le bouquin, ce qui n'avait rien d'agréable. Le sol semblait propre, mais elle était sûre de se retrouver avec de la poussière sur son pull, voire sur sa robe, et cela ne l'enchantait vraiment pas. Voilà pourquoi elle aurait dû accepter l'offre d'Aliz de se faire accompagner par une ou deux personnes au cas où elle aurait besoin de quelque chose. Enfin, heureusement, elle n'eut pas à le faire : le livre réapparut bientôt sans qu'elle comprît d'où il venait.

"Mais..."

L'explication suivit rapidement : ce n'était pas un simple tour de passe-passe - facile avec une pièce de monnaie mais certainement pas avec un livre - mais, si elle avait bien compris, un effet surnaturel. Un autre Élu ? Était-ce ce qui le rendait bizarre ? Tous les Élus qu'elle avait rencontrés hors de Fuerza étaient étranges, que fallait-il en conclure ? Était-elle étrange, elle-même ? Non, elle était parfaite, parfaitement normale pour un être supérieur, il n'y avait aucun souci. Sans doute une question de composition d'air, elle essaierait de se faire envoyer de l'air de Segura Fe dans des jarres hermétiques pour avoir sa dose régulièrement et ne pas être contaminée par toute cette étrangeté.

"Et bien, je dois dire que vous me surprenez !"

Un sourire répondant à celui du jeune homme, et les deux Élus se déplacèrent pour arriver dans une salle déserte. Luzianis s'assit immédiatement sur une chaise pas trop inconfortable, essayant de se mettre à l'aise. A vrai dire, elle pensait à la disparition du livre, se demandant quel genre de don divin pouvait faire cela, et ce qu'il pouvait faire d'autre, mais elle n'était pas venue pour cela. Elle se reconcentra donc sur la raison de sa venue : les Besitz. Apparemment, elle avait affaire à un connaisseur, qui était même prêt à discuter avec elle et lui éviter la lecture tant redoutée. C'était une opportunité à ne pas laisser passer.

"Vous avez parlé de Possédés... Pourquoi les Él... Besitz sont-ils appelés ainsi ?"

Le temps d'obtenir une réponse, et elle réalisa :

"Mais j'y pense, êtes-vous sûr d'avoir le temps d'en discuter ? Je n'ai vu personne vous remplacer à l'accueil et je ne voudrais pas vous gêner dans votre travail... A moins que nous ne nous installions justement à l'accueil pour que vous puissiez m'en parler tout en étant disponible pour les personnes qui pourraient avoir besoin d'aide ?"
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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Décidément, Edward était content. Pour une journée qui avait commencé sur une obligation de parler aux gens, la suite n'avait pas été si horrible, et parler aux gens pouvait se révéler intéressant. Si on lui avait dit un jour qu'il passerait une bonne matinée à converser avec une totale inconnue, il ne l'aurait pas cru - d'ailleurs qui aurait bien bu lui dire quelque chose comme ça puisque 90% des phrases qui lui étaient adressées commençaient par "Où se trouve ... ?"

Assis dans un fauteuil en cuir, faisant face à son interlocutrice (dont il ignorait d'ailleurs toujours le nom) et ayant posé le livre sur la table sur laquelle il appuyait maintenant son coude droit, Edward songeait. Habituellement un infime changement dans sa vie trop bien réglée lui faisait prendre ses jambes à son cou (et monter la dizaine de marches qui le séparait de la bibliothèque et le monde réel de son antre gardée par ses montagnes de livres) mais ce matin le fait de ne pas devoir dormir sous le bureau pour éviter d'être vu ne le dérangeait pas trop.

Certes, il n'était pas encore tout à fait à l'aise avec le fait de devoir parler à voix haute et à quelqu'un d'autre mais il tentait de s'y habituer comme il le pouvait.

"Vous avez parlé de Possédés... Pourquoi les Él... Besitz sont-ils appelés ainsi ?"

Et avant qu'Edward ait eu le temps de répondre, elle enchaina :

"Mais j'y pense, êtes-vous sûr d'avoir le temps d'en discuter ? Je n'ai vu personne vous remplacer à l'accueil et je ne voudrais pas vous gêner dans votre travail... A moins que nous ne nous installions justement à l'accueil pour que vous puissiez m'en parler tout en étant disponible pour les personnes qui pourraient avoir besoin d'aide ?"

Edward jeta un œil autour de lui pour s'assurer qu'il n'y avait personne, et après un très gros soupir pour se donner du courage il finit par lui avouer :

"Écoutez jeune femme... Disons que je n'ai pas pour habitude de.... Enfin il y a très longtemps que je n'ai ... Vous savez..."
*Non elle ne sait pas. Calme-toi ou tu t'en recolles une.*
Soupir.
"Au cas où vous ne l'auriez remarqué, je n'ai pas grande expérience ni habitude des rapports sociaux. Parler aux gens me rend quelque peu mal à l'aise... Cela pour dire que non je ne souhaite pas retourner à l'accueil, et que personne ne me remplacera aujourd'hui. Il y a certains systèmes de sécurité qui empêchent les gens de sortir avec des livres non déclarés. Donc aucune inquiétude, nous pouvons discuter en toute ... sérénité."

Edward sortir mentalement une fiche de son esprit et récita machinalement:

"Les Besitz - qui sont vos Élus des Dieux - sont appelés ainsi car cela veut dire Possédés dans la langue des Warhmensch. Pour comprendre leur vision de ces gens-là je vais juste vous lire un passage du livre pour connaître les débuts de leur religion."

Citer:
Le Schöpfer (Créateur) modela le monde, élevant les montagnes avec les masses prises aux océans. De sa main, Il créa les animaux, les arbres, et un autre peuple : les Dunkels (Sombres), peuple parfait. Il se retira du monde durant un siècle, afin de Se reposer, et lors de Son retour, tout n'était plus que chaos : les Dunkels (Sombres), affamés, avaient dévoré tous les autres êtres vivants, et depuis qu'il ne restait qu'eux, se livraient au cannibalisme. Voyant Sa confiance trahie, Il rentra dans une colère telle que les cieux ne purent que déchainer cette fureur. Les orages détruisirent la plupart des Dunkels (Sombres), mais dans Sa grande sagesse, le Schöpfer (Créateur) perça sur la terre un trou si profond qu'il serait impossible a quoi que ce soit au monde de remonter, avant d'y précipiter les survivants.

"Voici un passage de leur histoire religieuse, dit-il en refermant le livre, Les Dunkels était un peuple qui selon les quelques ouvrages que j'ai lu étaient plus proches des Dieux que des hommes. Ils étaient tous dotés de nombreux pouvoirs aussi toute personne possédant une quelconque aptitude est depuis ces temps reculés considérée comme ayant été tentée par le pouvoir des Dunkels... Est-ce déjà plus clair ?"

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Luzianis Aran
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Membre de la guilde de Satô
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Une fois de plus, la réponse du bibliothécaire fut un peu confuse, mais il se reprit bien assez vite. L'aisance avec laquelle il avoua son inaptitude sociale avait de quoi surprendre, et surprit en effet la jeune femme. C'était une chose de reconnaître, en pensées, qu'on avait une "faiblesse", c'en était une autre de l'avouer à une inconnue. Luzianis ne voulait pas le mettre mal à l'aise, mais pensa qu'une remarque positive pourrait lui faire du bien :

"Je trouve que vous vous en sortez très bien, pour un homme que les conversations déstabilisent."

Elle avait l'habitude des demandes d'aide, mais dans le cas présent, l'homme ne lui demandait rien, n'exposant son problème que pour expliquer autre chose. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était discuter avec lui pour qu'il gagnât en "expérience", et profiter de ce qu'il avait à lui enseigner sur le Possédés. Elle apprécia d'ailleurs le changement de sujet qui suivit, et se concentra sur ce qu'il disait, s'efforçant de bien comprendre les mots et leurs relations au sein des phrases, afin de bien saisir le sens de ce qu'il lisait. Les termes en langue de WasserWelt ne lui simplifiaient pas la tâche, mais puisque leur traduction lui était donnée, elle s'en sortit à peu près.

*Je vois. Les Dunkels n'ont pas respecté l'équilibre naturel, le Créateur les a punis, et depuis les hommes ont peur que les Possédés ne fassent les mêmes erreurs... Mais les hommes ont été créés pour remplacer les Dunkels, non ? Sans doute a-t-il, en les créant, corrigé les erreurs qui avaient provoqué la trahison des Dunkels. Les hommes doivent être plus raisonnables, et ceux d'entre eux qui sont choisis par les dieux, enfin le Créateur, doivent être capables d'utiliser leurs dons pour protéger l'équilibre et non pas le détruire comme les Dunkels l'ont fait... Mais si les Possédés sont tués systématiquement, comment pourraient-ils prouver qu'ils ne représentent pas une menace ? Sans doute les hommes ne réalisent-ils pas que les pouvoirs viennent des dieux...*

Elle baissa les yeux, songeuse. Ne pouvait-on pas ouvrir les yeux de ce peuple qui avait mal compris son Créateur ? La forme sous laquelle l'Être Suprême était connu du peuple de WasserWelt n'était peut-être pas celle des neuf dieux auguris, mais le message à faire passer était certainement le même. Comment tout un peuple pouvait-il se tromper à ce point ? A moins que ce peuple ne fût justement pas le même que les Fuerzos. Que les Possédés ne fussent pas comme les Élus. Qu'ils soient tous différents "modèles" de l'être humain, créés à des époques différentes ou avec des "paramètres" différents. C'était sûrement cela. Luzianis ne pouvait pas les comprendre, déjà parce qu'elle n'avait entendu qu'un fragment de leur histoire, bien entendu, mais surtout parce qu'elle n'était pas faite comme eux. Dans ce cas...

"Après réflexion, je pense que je vais emprunter ce livre. Il sera très intéressant pour ma Congrégation d'en lire des passages en groupe et d'organiser une discussion sur le sujet. Je vous proposerais volontiers d'y participer, et peut-être même de l'animer puisque vous semblez savoir beaucoup de choses à ce sujet, mais je ne voudrais pas que vous vous sentiez mal à l'aise en public. Peut-être pourrais-je demander aux WasserWelter que j'ai rencontrés d'y assister... En fait, si vous me le permettez, j'aimerais vous emprunter tous les livres sur le sujet. La religion, bien sûr, mais aussi l'histoire, la politique, cela me semble nécessaire."

Elle attendit de savoir si c'était possible - la Grande Bibliothèque de Segura Fe limitait normalement les emprunts mais faisait une exception pour les Élus - et d'entendre ce qu'il pensait de son idée, puis déclara :

"Très bien, nous verrons donc cela un peu plus tard. Pourriez-vous m'expliquer ce qu'il en est à Satô ? Les... vitalistes sont bien acceptés, n'est-ce pas ? Pensez-vous que je puisse - que nous puissions utiliser nos dons en public ? J'ai appris, par la jeune médecin dont je vous ai parlé, que les créatures surnaturelles ne pouvaient être invoquées qu'avec un permis de la ville. Savez-vous ce qu'il en est des autres dons ?"

Après tout, il était bon de vérifier l'exactitude de ses connaissances en la matière auprès d'un Satôsien. Pas qu'elle doutât des paroles d'Aliz, mais souvent deux sons de cloche étaient préférables.
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