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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Bibliothèque générale, début de matinée ; Edward et Lueur (Renji Asuma et Mei Waruga)


Un léger filet de lumière irradiait sur les yeux fermés du jeune Satôsien, qui prit soudainement conscience qu'il était éveillé. La deuxième chose dont il prit conscience fut qu'il avait sans doute un poids d'environ une demi tonne sur le front et les tempes. Quelque chose semblable à un éléphant névropathe avait du s'asseoir sur sa tête durant son sommeil et le pauvre jeune homme semblait ne pas pouvoir ouvrir les yeux ni même bouger le petit doigt. Il se sentait passablement engourdi et frissonna tout à coup, se rendant compte qu'il avait froid.

*... J'ai mal aux cheveux...*

Edward fronça les sourcils et entreprit tant bien que mal de se recroqueviller. Ce ne fut qu'une fois en position fœtale qu'il comprit enfin l'ampleur des dégâts : sa bouche était complétement pâteuse, ses membres engourdis et il devait avoir quelques bleus ou douleurs intercostales dues à une ou plusieurs chutes... Et cette tête qui ne voulait pas du tout remettre en route les connections neuronales basiques dont il avait besoin pour reprendre pleinement ses esprits sans lui envoyer d'inutiles électrochocs qui le faisaient grimacer toutes les trois secondes...

"Bleuarg... Aaaargh !"

Un léger filet de bave et de bile fut recraché par l'amas de vêtements froissés qui composaient le jeune homme suivi d'un râle qui aurait pu convaincre n'importe qui qu'un pachyderme était en train d'agoniser dans ce lieu encore inconnu pour le bibliothécaire qui n'avait pas encore ouvert les yeux - ce qu'il entreprit piteusement de faire...

Un flot de lumière remplit ses yeux qu'il cligna de nombreuses fois avant de comprendre que nulle véritable lumière ne baignait les lieux, simplement le blafard aperçu d'un ciel grisâtre qui annonçait le jour. On était donc quelque part dans un début de matinée hivernal, ou un milieu de journée particulièrement déprimant. Mais le froid faisait pencher Edward (dangereusement, et malgré le fait qu'il soit allongé par terre selon toute vraisemblance) pour un matin.

S'essuyant la commissure d'un revers du gant droit, le blondinet cendré tenta tant bien que mal de se mettre de bout - espoir qu'il abandonna à mi-chemin pour se contenter de mettre un genou à terre. Regardant autour de lui en plissant les yeux, il se rendit compte qu'il était en fait dans la bibliothèque. Tendant le bras en avant, il arriva à attraper un rayon qu'il utilisa pour se mettre sur pied. Tremblant encore, il étala négligemment la petite flaque de bave bile sur la moquette du bout du pied tout en tâchant de comprendre ce qui l'avait emmené là...

Tout en s'effrayant progressivement sur ce mur blanc qui lui servait de mémoire, Edward entreprit de se diriger en titubant vers les toilettes où il s’aspergea copieusement d'eau puis en but une quantité impressionnante avant de cracher à s'en décoller la plèvre...

*Erm... Selon toute vraisemblance j'en tiens une belle... Est-ce... aargh... une infection virale ? Certains symptômes me laissent dubitaaaa...tatifs...*

Le reflet qu'il vit dans le miroir en se relevant acheva de le faire vomir. Ce rejet fut somme toute libérateur puisqu'alors qu'il vomissait un jet de bile brûlant, Edward se souvint être allé dans un bar et y avoir bu. De l'alcool. Cependant le reste restait assez vague, et il comprit malgré tout qu'il avait dû sans doute pour la première fois qu'il buvait accoupler cette dernière avec sa première cuite...

Alors qu'il tentait péniblement de remettre sa mémoire en place, un bruit qui ne laissait rien présager de bon se fit entendre. Le grincement d'une porte. Quelqu'un entrait dans la bibliothèque...

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Renji Asuma
Renji Asuma
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Encyclopédie vivante, je sais tout ce qu'il faut savoir.
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Edward ne fut pas le seul que le grincement de porte dérangea puisqu'il fit grimacer le jeune homme qui en était partiellement responsable. Partiellement parce que ce n'était pas à lui qu'il revenait d'entretenir cette porte et qu'on ne pouvait donc pas lui attribuer cette faute alors qu'il ne mettait de toute façon les pieds dans cette bibliothèque qu'une ou deux fois par mois pour y emprunter des bandes dessinées. Ce n'était pas tous les jours que son travail de livreur le menait jusque là, mais cela lui convenait tout à fait, pour une fois que c'était à une adresse qu'il connaissait bien et pas à l'autre bout de Satô. Pour Renji Asuma, ces livraisons n'étaient qu'un job à temps partiel qu'il effectuait pour s'acheter quelques gadgets, il ne s'embêtait donc pas avec des clients qui souhaitaient l'envoyer à l'autre bout de la Région Libre.

A vrai dire, le jeune homme qui se présenta face à Edward n'était pas Renji Asuma, mais cela importait peu. De toute façon, le bibliothécaire ne s'en rendrait probablement pas compte, d'une part parce qu'ils n'échangeaient que quelques mots lors de chaque emprunt et d'autre part parce que la gueule de bois devait suffisamment monopoliser ses pensées pour qu'il ne s'interrogeât pas sur le comportement légèrement différent du livreur. S'étant avancé d'un pas décidé jusqu'au comptoir, celui-ci y déposa une lettre en annonçant simplement : "Pour Edward Hibiki," avant de s'en retourner sans demander la moindre signature ou attendre un pourboire qui, s'il venait rarement, était toujours le bienvenu. L'imposteur fut dehors en moins de temps qu'il en fallait pour ouvrir l'enveloppe et l'ami de Luzianis put concentrer son attention sur la missive.

Si l'enveloppe était blanche, toute simple, sans la moindre inscription, le papier qui se trouvait à l'intérieur était noir, avec des lettres argentées qui brillaient légèrement à la lumière artificielle de la bibliothèque et porteur d'un étrange symbole rouge foncé représentant une araignée sur sa toile. Y était inscrit un message quelque peu intrigant qui ne devait avoir aucun sens pour le commun des mortels mais qui, avec un peu de chance, en aurait pour Edward... Et non, ce n'était pas le titre d'un livre.

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A la sortie des ombres


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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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*Mais qu'est ce qui m'arrive ?*
L'état des lieux de la tête du bibliothécaire aurait donné le tournis à plus d'un, et le cimetière qui lui servait pour le moment de crâne tentait désespérément de tout laver à grandes eaux - ce qui n'était pas qu'une image puisque les vagues miniatures répétées envoyées par le jeune homme dans la plaie béante qui lui servait de visage commençaient à faire effet, bien que le mal-être persiste au niveau des tempes tel un étau qui tenterait le plus doucement possible de lui exploser le crâne. Vaine torture sans véritable but que le supplice lui-même... Il avait entendu prononcer son nom dans une zone vaguement définie comme son bureau, mais ce bruit avait rapidement été suivi d'un second grincement de porte prouvant sans le moindre doute que la personne qui le cherchait avait abandonné plus que rapidement... Il sortit malgré tout des toilettes, espérant faire bonne mesure si l'inconnu était toujours là - et ce malgré une forte envie de fermer les yeux et de se laisser mourir entre deux rayons...

* est... Ah, tiens...* se dit-il en apercevant une enveloppe sur le bureau. Le visiteur n'était donc pas venu pour le plaisir d'échanger quelques vues sur le dernier essai du sociologue le plus en vue mais pour lui apporter une missive, et n'avait même pas dénié attendre que le jeune bibliothécaire fasse acte de présence pour se défaire de sa lettre et partir... Sans doute avait-il de nombreuses autres courses à faire en cette matinée. Ou aucune envie de parler à qui que ce soit. Ou peut-être avait-il senti les effluves de mort s'échapper de la salle de bains et avait-il décliné l'invitation cachée de converser avec un cadavre... Edward prit la lettre entre ses mains et réalisa alors qu'elles tremblaient. Il lâcha brusquement l'enveloppe immaculée et regarda ses mains gantées. L'impression de tenir un fil à haute tension. Ses mains se recroquevillaient d'elles-mêmes et semblaient incapables de faire quoi que ce soit.

Et l'étrangeté de la chose aurait pu être supportable si ses mains avaient été les seules atteintes. Mais le blondinet se rendit bien vite compte que ses membres inférieurs étaient eux-aussi touchés. La sensation désagréable de ne pas maîtriser son propre corps était presque insupportable pour le jeune Satôsien. Ou l'aurait été véritablement si une intense chape de plomb ne se déposait pas peu à peu sur ses épaules, l'emplissant d'une intense fatigue.

*Donc... Alors c'est ça une "gueule de bois" ?... Aaargh, espérons que ce n'est que passager...* se demanda-t-il, jurant en même temps sur le fait de ne plus penser correctement, certaines connections n'étant pas tout à fait rétablies, qui le laissaient pantois dans tous les sens du terme.

Ors et ombres dansaient encore devant ses yeux quand il se décida malgré tout d'ouvrir l'enveloppe. Un simple billet s'y trouvait, noir et argenté et le savant mélange de couleurs ainsi qu'une sorte de dessin vermillon schématisant une araignée sur sa toile apaisèrent Edward sans qu'il comprenne pourquoi. Tournant et retournant la carte entre ses mains, il ne trouva que cinq vagues mots qui le laissèrent perplexe...

Citer:

A la sortie des ombres


Ni la quantité d'alcool ingurgitée (somme toute conséquente pour quelqu'un qui n'en avait jamais bu auparavant), ni le réveil en fanfares silencieuses cerclées d'ombres et lumières qui avait suivi - titanesque tintamarre sans un bruit, suicide olfactif et sonore et ce sans aucun son - n'avaient préparé le jeune homme à des jeux d'esprit si tôt le matin. Une nanoseconde lui suffit pour se rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un livre - et Edward se félicita d'avoir une mémoire aussi bien construite qu'elle marchait même quand lui souffrait de dysfonctionnement... Le sigle arachnéen ne lui disait rien non plus, mais certains groupuscules signaient avec ce genre de marque au lieu de mettre un nom. Tout en tâchant de fouiller dans sa mémoire, Edward "ouvrit" un nouveau fichier dans son esprit et lança une recherche sur les cinq mots qu'il regardait. Un seul mot le fit véritablement tiquer.

Car trop peu de gens savaient que l'adolescent aux cheveux cendrés pouvait se balader dans les Ombres. Les instances de la Guilde évidemment, et les rares personnes qu'il avait rencontrées depuis, à savoir Luz, le Neojin et le savant fou... Ce qui faisait trop peu de personnes pour que ce genre de titre signé d'un dessin soit totalement anodin... A la sortie des Ombres... Intrigué et dubitatif, Edward se concentra quelques instants, et malgré un mal de crâne terrible propulsa sa main gauche encore tremblante en Ombre...

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Mei Waruga
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...pour se sentir aspiré par celle-ci comme si on l'y plongeait de force, bien qu'il n'y eût personne pour l'y traîner. Après sa main gauche, ce fut son bras qui passa dans l'Ombre, puis son épaule, un bout de son torse, sa tête... Tandis que le reste du corps suivait, Edward eut le temps d'observer l'endroit dans lequel il était en train d'apparaître - car oui, il avait été téléporté vers un lieu inconnu qui n'avait rien de commun avec la bibliothèque.

Une pénombre quasi complète régnait dans la pièce, pourtant bordée de nombreuses fenêtres, car les volets étaient tous clos. Une multitude d'ampoules émettant chacune une faible luminosité étaient réparties tout autour de la pièce, sur le parquet, mais également autour du plafond. On y voyait assez pour lire, ou pourquoi pas coudre, sans pour autant être gêné comme on pouvait l'être par certains éclairages électriques. Au centre de la pièce, une table basse entourée de poufs, répartis sur un large tapis. Autour, une grande bibliothèque, une télévision posée à même le sol qui ne semblait pas être branchée, et quelques meubles un peu poussiéreux. Sur le mur de gauche, trois portes ; aucune sur celui de droite, d'où descendait un escalier indiquant qu'on se trouvait au moins au premier étage - et probablement au dernier.

Entièrement apparu, Edward atterrit sur un pouf sur lequel, en y prêtant attention, il pouvait remarquer un sceau identique à celui qui figurait sur le papier. Car oui, le dessin qu'il avait pris pour une simple signature était également un sceau, celui qui avait servi à le transporter jusqu'ici. Il avait vu juste, cependant, et réussi à faire ce qu'on attendait de lui, ce qui était encourageant compte tenu de son état actuel. Tandis qu'il reprenait ses esprits, on l'accueillit.

"Edward Hibiki, je présume. Veuillez excuser mes manières, je ne pouvais me permettre de me déplacer en personne, et encore moins de vous donner une adresse à laquelle me rendre visite."

La voix rauque qui ne trahissait aucune émotion provenait de la femme assise face à lui. Si le bibliothécaire se fiait à ses yeux, il pouvait estimer l'âge de cette inconnue à une trentaine d'années au maximum. Cependant, ses cheveux gris foncé donnaient généralement l'impression qu'elle était plus âgée que ses traits ne le laissaient penser. Sa beauté avait dû être éclatante, jusqu'au moment où un incident quelconque avait causé l'apparition d'une longue cicatrice qui parcourait le côté gauche de son visage. Les marques de cette ancienne blessure étaient propres, nettement refermées, même sur la paupière close qui semblait scellée par des fils invisibles. Quant à son œil intact, il était rouge, chose courante à Satô mais quelque peu inquiétante sur ce visage défiguré.

"Mon nom ne vous dirait rien et je ne l'utilise plus depuis des années ; je vous prie donc d'accepter Mei Waruga comme étant mon identité."

Sur son bustier noir partiellement recouvert de bandes de tissu gris nouées autour de son ventre et sa poitrine, une araignée rouge large d'une dizaine de centimètres était posée. Réelle ou brodée, difficile à dire ; en tout cas, elle ne bougeait pas de là, et celle qui la portait n'en semblait nullement gênée - ni par celle-ci, ni par le fin kimono noir, ouvert, qui recouvrait seulement ses épaules. Derrière elle se trouvait un imposant miroir, appuyé contre le mur, dans lequel on pouvait voir l'arrière de son vêtement, sur lequel étaient brodés deux tigres dorés. Edward pouvait également y étudier son propre reflet, si toutefois il supportait cette vision cauchemardesque - le teint blafard, les cernes et tout le tralala - qui devait donner une bien étrange image de lui à la femme qui l'avait fait venir, mais après tout, elle-même avait une apparence assez particulière.

"Votre ami Jayne a porté à ma connaissance une affaire pour laquelle vous avez besoin d'aide. Pourrais-je avoir votre version des faits ?"

Tout en disant cela, elle restait imperturbable, servant deux tasses de thé fumant dont l'une fut placée devant son invité forcé. Le deuxième mot avait cependant été placé avec une intonation moqueuse, comme si elle savait que le Neojin et le Satôsien n'étaient pas en très bons termes. Jusqu'ici, cependant, il était impossible de savoir ce qu'il lui avait raconté, que ce fût à propos d'Edward lui-même ou au sujet de l'affaire dont elle parlait. Enfin, plus important : il ignorait surtout qui elle était, et s'il pouvait réellement tout lui dire... Mais après tout, Jayne avait dit qu'il contacterait une personne qui pourrait les aider. Alors, ferait-il confiance au jugement du blondinet ?

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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Edward eut un haut le cœur en plongeant dans l'Ombre, et aurait sûrement rendu quelque bile si le fauteuil n'avait anticipé sa chute. La pénombre du lieu où il venait d'atterrir - car tel était le terme - le calma autant qu'il augmenta de façon signifiante ses doutes. Rien ce matin n'aurait pu le préparer à ce qui était en train de se produire.

*C'est donc ça être un membre de la Guilde ? Toujours prêt, comme ces mômes en vert qui se baladent en forêt...*

Il n'avait pas fait le ménage dans son esprit qu'on l'accueillait déjà. Son hôtesse était à la fois belle et terrifiante. La cicatrice qu'elle avait au visage et ses atours semblaient désigner ce que tout bon livre aurait appelé une éminence grise. Ou alors quelqu'un qui l'avait attiré pour le tuer. Le mal de crâne d'Edward l'empêchait malheureusement de se mouvoir rapidement, et le pouf était décidément bien trop confortable pour qu'il daigne s'en éloigner pour attaquer la demoiselle (ce qui somme toute semblait particulièrement vain) ou s'enfuir (vain aussi, après tout elle avait réussi à retourner son pouvoir contre lui et le faire venir à l'insu de son plein gré). Prenant son vélo courage à deux mains, Edward sourit tant bien que mal et écouta avec étonnement la demoiselle se présenter et s'excuser pour les rudimentaires manières de le recevoir.

Elle n'était donc pas là pour le tuer, ce qui semblait à la fois très libérateur et pourtant obligeait le jeune homme à continuer de subir autant de tortures qu'il existait de terminaisons nerveuses allant de ses doigts de pied aux tréfonds de son crâne (beaucoup, quoi). Derrière elle se trouvait un miroir où Edward perdit un instant son regard avant de se perdre tout court. Les ombres qui jouaient tout autour de lui lui donnaient l'impression d'esprits protecteurs qui l'enveloppaient et le défendraient contre quelque malheur - ce qui était pur délire puisque personne ne l'avait protégé de la matonne borgne qui prétendait maintenant lui servir d'hôtesse.

Son esprit vagabonda encore quelques instants jusqu'à ce que le nom de Jayne sorte de la bouche de son interlocutrice forcée. Edward tiqua tout en tâchant de ne pas le montrer - ce qui lui valut de hausser discrètement les épaules tout en faisant une moue légèrement dégoutée... Contenir ses émotions pourquoi pas mais cacher qu'il connaissait Jayne et ne l'aimait pas, il ne fallait pas trop en demander... Il tendit la main vers la tasse de thé proposée, se ravisa craignant qu'une quelconque drogue ne le fasse parler ou l'endorme - pour une raison qu'il ignorait, mais ne droguait-on pas les boissons dans les fictions d'espionnage... Et puis on nageait en plein délire, tout était possible. Il retendit la main vers la boisson, sa gorge sèche le faisait relativement souffrir. Regarda la tasse. Regarda Mei. Regarda de nouveau la tasse et se dit que de toute façon le liquide brûlant l'apaiserait. Bref, il but une gorgée de thé et la chaleur qui se propagea dans sa gorge et son ventre lui fit effectivement un bien fou.

Prudence étant mère de sûreté, il déclara malgré tout d'un ton craintif qui se voulait quelque peu assuré (ce qui équivalut à un échec, évidemment) :

"Ma dame, je vous remercie bien évidemment de me recevoir même si le caractère quelque peu cavalier de l'invitation m'a surpris je dois l'avouer... Cependant, j'ai encore quelques doutes quant aux services que vous pouvez m'apporter. Je ne vous connais pas et votre nom comme vous venez de me le dire est faux. Votre habitude à changer d'identité me laisse dubitatif et me fais me poser la question de savoir si vous êtes effectivement dans mon camp. Et si l'on parle d'une personne comme ce Jayne qui comme moi travaille à la Guilde de Satô je pense que le terme "confiance" est à proscrire de la conversation..."

Il arqua un sourcil, puis enleva les lunettes pour se masser l’arête du nez tout en plissant les yeux. La fatigue, le mal de crâne ou tout simplement la lassitude de voir les évènements le dépasser avaient l'air d'avoir raison de lui, lui faisant pousser des cou ailes.

"Alors ma dame, de quoi allons-nous parler ?"

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Mei Waruga
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L’œil valide de la femme qui avait plus ou moins enlevé Edward - elle-même aurait dit invité, question de point de vue - suivit les différents mouvements du bibliothécaire alors qu'il hésitait à boire le contenu de la tasse qu'elle lui avait servie. Elle ne montra cependant aucun signe d'amusement, de vexation ou d'agacement, se contentant de porter sa propre tasse à ses lèvres en attendant une réponse à sa question. Plusieurs années auparavant, cette vision l'aurait amusée et elle l'aurait montré par un sourire franc, mais dans le cas présent, cela ne lui faisait rien. Lorsqu'il commença à parler, elle l'écouta attentivement, mais se rendit rapidement compte qu'elle avait été mal informée : le portrait que Jayne lui avait dressé du jeune homme aux cheveux couleur cendre ne faisait de toute évidence pas justice à celui qui se trouvait face à elle. Elle était pourtant certaine d'avoir la bonne personne ; une erreur de jugement de la part du Neojin ne l'étonnait guère.

Tandis qu'il parlait, Mei songea à différentes réponses qu'elle pourrait formuler. Elle pouvait lui apporter bien des services, mais ne comptait lui fournir que des informations. Elle n'avait pas pour habitude de changer d'identité, ce n'était arrivé qu'une seule fois et elle n'avait pour le moment aucune raison de recommencer. Elle n'était pas dans son camp, ni contre lui ; elle servait les intérêts d'un groupe neutre et ses propres convictions ou affinités n'entraient pas en ligne de compte. Elle n'avait pas besoin de la confiance d'Edward et se fichait pas mal de ce qu'il pensait de Jayne. Mais tout cela, la borgne le garda pour elle. Elle n'avait pas à se justifier devant lui. Le fait qu'il ignorât à qui il avait affaire ne changeait rien, et elle n'avait pas l'intention de se présenter. Elle lui avait donné le nom et le prénom qu'elle utilisait, c'était déjà beaucoup.

"Comme je vous l'ai dit, répondit-elle lorsque son invité lui demanda de quoi ils allaient parler, vous allez m'exposer votre version des faits. Puis vous allez me poser les questions auxquelles vous cherchez des réponses, et nous verrons ce que je peux faire pour vous."

Mei fit une pause, buvant une nouvelle gorgée de thé. Le Satôsien pouvait bien protester, cela ne changerait rien. C'était elle qui l'avait fait venir malgré les risques que cela posait. C'était elle qui avait décidé de consacrer un peu de son temps à cette histoire qui l'avait intriguée. Elle ne devait rien à Jayne, c'était même l'inverse, et elle n'avait pas non plus de comptes à rendre au jeune Hibiki. Autant dire, donc, qu'elle avait bien l'intention de garder le contrôle de cette conversation et ne voyait pas de raison de revenir sur la demande qu'elle avait formulée un peu plus tôt.

"Il va de soi que vous ne retirerez rien de cette rencontre si vous n'y mettez pas du vôtre."

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Edward Hibiki
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Edward soupira en retirant ses lunettes. L'échange était rude, beaucoup trop rude pour son état. Il se pinça l'arête du nez tout en plissant les yeux - pensant ainsi chasser le martèlement incessant. Il eut un instant la vision d'une balle rebondissante filant à toute allure dans les moindres recoins de son crâne et fut presque sur le point de commencer à prier une quelconque entité divine que la douleur cesse.

Il fallait donc prendre sur soi et lui raconter sinon tout au moins une partie de l'histoire que le jeune Satôsien avait vécu - après tout peu de mal pouvait en découler et la seule douleur ressentie n'était nullement due à une torture de son hôtesse mais à sa veisalgie... Et au vu de l'aura que dégageait cette femme et au tour de force qui lui avait valu d'arriver ici, Edward ne doutait aucunement que certaines informations auraient pu être extirpées de lui sans le moindre problème. Bien que ne jouant pas franc jeu pour le moment et n'étant pas véritablement une amie, elle n'était pas une ennemie. Et si son influence était aussi grande que son pouvoir ce qui semblait logique, alors sans doute était-elle à même de les aider...

Il leva la main droite devant lui, ce qui pouvait tout aussi bien vouloir dire qu'il avait quelque chose à énoncer ou qu'il voulait que tout cela cesse... Ce fut la première hypothèse qui fut vérifiée alors qu'Edward commençait son récit en regardant un vague point au dessus de la tête de son interlocutrice, quelque part sur la gauche.

"Pour faire le plus précis possible... Il y a exactement une semaine je me suis retrouvé avec Jayne Crowley - dont je vous passerai ma vision puisque vous semblez le connaître - Charles Finkels, sorte de savant fou complétement déjanté et Luzianis Aran... Luzianis est comme son nom l'indique fuerzane et fait partie de la Congrégation. Ce n'est ni Sandaïme ni Yoshihiro qui nous a reçus mais Thai-Ti Xiao. La mission était somme toute simple : récupérer un livre à Aizu et le ramener. Le client, un certain Kodama Mashuu - mais je pense au vu de toute cette histoire que c'est un intermédiaire, ou sans doute même un faux nom... - nous payait 500 ryos, ce qui est une certaine somme pour un simple ouvrage même pour moi qui tente de collectionner de rarissimes recueils dans la Bibliothèque Générale..."

Edward s'arrêta un instant pour boire une petite gorgée de thé. Le liquide brûlant eut à nouveau cet effet apaisant qui donna à Edward la force de continuer, tout en essuyant négligemment une petite suée froide sur son front.

"Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés à l'adresse indiquée, chez une certaine Aoi Ririko. Cette femme n'était nullement au courant de cette histoire, et je vous passe certaines péripéties hautes en couleurs nous avons fini par subtiliser ce livre. Alors que nous rentrions avec l'ouvrage, un papier en est tombé - que j'ai appris par cœur depuis - contenant une liste de vitalistes wasserweltiens traqués par leur propre gouvernement (la situation locale étant, je pense comme vous la connaissez) mais le détail qui nous a fait tiquer a été l'apparition du nom du conseiller Raigen... Il était cité comme pouvant apportez une aide à de quelconques inquisiteurs dissimulés parmi notre population et traquant ces gens en utilisant son pouvoir de conseiller..."

Edward termina son thé et souffla après avoir gonflé ses joues tel un hamster. Tout était dit, il n'y avait plus aucun retour en arrière possible. Il tenta vaguement de sourire et conclut par: "Sans aller jusqu'à dire que c'est une affaire d'état et quelle que soit la politique de Satô vis-à-vis du statut qu'ont les vitalistes dans ce pays, le fait qu'un de nos propres conseillers aide des gens n'ayant aucune autorité sur notre sol à mener leur propre justice ne saurait être toléré. Notre seul problème est que nous ne savions pas à qui nous adresser, ne sachant qui faisait partie de cette ... conspiration n'est pas le meilleur mot, mais c'est le premier qui vient à l'esprit...."

Edward regarda de nouveau la femme qui lui faisait face et apprécia une nouvelle fois sa beauté terrifiante. Il se dit qu'après tout, lui faire confiance ne serait sans doute pas la pire idée qu'il aurait eu ces deux derniers jours et se demanda si Jayne et Luz étaient au courant de sa rencontre avec elle. Il décida qu'il devrait leur en parler. Se redressant un peu sur son "siège", Edward décida de reprendre une apparence décente et entreprit de resserrer son dernier bouton de chemise ainsi que son nœud de cravate.

"Que va-t-il se passer maintenant ? Jayne et Luzianis sont-ils au courant ? Pensez-vous que Thai-Ti soit dans le coup ou s'est-il fait duper ? Qui a voulu se jouer de nous ? Est-on tombé par hasard sur une missive ou bien la personne qui nous a engagés cherchait-elle cette preuve pour accabler le conseiller ? Je ne saisis pas bien les jeux de pouvoir et me demande dans quel camp se trouve l'équipe Kodama Mashuu ... Qu'en pensez-vous, et que pouvez-vous faire pour nous aider ?"

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[hj : Étant donnée la longueur de ce post, je me sens forcée d'en masquer la partie "réflexion". Libre à toi de la lire ou non.]


"Avant toute chose, je vous remercie, commença-t-elle sans la moindre hésitation. Jayne ne m'avait pas fourni toutes ces explications. Son récit était beaucoup plus vague et ne me permettait pas de mesurer l'ampleur de cette situation. Sachez d'abord que je ne suis pas de votre côté et que je ne ferai rien pour vous aider, déclara-t-elle pour fixer les règles de leur coopération. Je vous dirai ce que je sais, tant que cela ne nuit pas aux personnes qui m'ont accordée leur confiance, mais c'est là tout ce que vous tirerez de cette conversation. Par ailleurs, Jayne est le seul de vos compagnons auquel j'aie parlé, et rencontrer les autres n'est pas dans mes intentions. Il me fallait un deuxième point de vue sur cette affaire, cela me suffit pour l'instant, d'autres récits ne seraient que répétitions."

Puisque cela était dit, elle fit une pause et proposa : "Un peu plus de thé ?" en soulevant la théière dans laquelle se trouvait la potion. S'il accepta, elle le servit, avant de remplir sa propre tasse, versant le liquide en faisant faire à son poignet une rotation. Puis elle posa le tout et entreprit de répondre aux questions d'Edward - du moins à certaines, car il eût fallu qu'elle se rappelât de toutes, et elle n'avait pas cette prétention.

"Concernant Thai-Ti Xiao, je doute grandement de son implication. C'est Yoshihiro Yoshida qui fait le lien entre la guilde et les clients, et c'est plutôt sur lui que devraient porter vos accusations. Il a travaillé pour le Conseil Exceptionnel, et même si Raigen n'est Conseiller que depuis deux ans, rien ne dit que l'un de ses collègues ne soit pas dans le coup, suggéra-t-elle pour expliquer cette relation. Il est évident que je ne puis répondre à vos questions concernant les buts et commanditaires de la mission. Je ne peux que vous parler de Raigen et faire travailler mon imagination.

"Vous devez le savoir, Raigen est un ancien ambassadeur,
commença-t-elle sa présentation. Il a représenté Satô dans plusieurs pays, et principalement en WasserWelt où il a passé une quinzaine d'années et épousé une Heron, ajouta-t-elle en espérant qu'Edward connaissait cette famille et qu'elle n'aurait pas à donner plus d'explications. Juste avant de devenir Conseiller Exceptionnel, il était en poste en Anglyas, mais cela ne l'a pas empêché de passer plusieurs mois chez les Pferd sans en informer Satô avant sa nomination. Ses liens avec le Papst sont très étroits pour un étranger, il y a de quoi s'interroger quant à leur relation.

"Saviez-vous par ailleurs que, quand le kage Byakko a disparu, Raigen a failli participer à l'élection ? On ne le connaissait pas assez à Satô à l'époque, mais depuis qu'il est revenu, certains Satôsiens pensent qu'il aurait fait un bon choix pour amorcer la reconstruction. Sur le plan financier, son amitié avec certains chefs et membres des gouvernements étrangers lui aurait permis d'obtenir de ceux-ci de meilleures participa
tions. Le fait qu'il soit marié à une WasserWelter pourrait nuire à son image, mais celle-ci s'est bien intégrée à la vie satôsienne, tout comme leur fille, si bien qu'elles n'entachent pas sa réputation.

"Si la situation vous paraît donc inquiétante, imaginez ce qui se passerait si Raigen accédait à la tête de Satô lors d'une nouvelle élec
tion. Enfin, ce n'est pas le sujet de cette discussion. Souhaitez-vous d'autres informations? Qui a pu éveiller votre suspicion?"

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Edward Hibiki
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Petit à petit, je fais mon nid.
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Arquant un sourcil alors qu'il reprenait une gorgée de thé, Edward écouta attentivement son interlocutrice. Il tiqua quand elle le remercia de lui avoir donné de plus amples détails que le Neojin... Dans l'état où il était, il était compréhensible que sa verve ne soit pas vraiment au point et qu'il laisse s'échapper certaines choses dont il n'aurait voulu parler mais le mal était fait avec malheureusement une légère pointe de honte d'avoir ainsi divulgué tant de choses à une parfaite inconnue.

Son malaise s'accentua quand cette dernière ajouta également qu'elle n'était nullement dans son camp et qu'elle ne ferait rien pour l'aider et ne divulguerait rien qui puisse nuire à ses amis, collègues ou commanditaires (Edward se rendit alors compte qu'il ne savait pas du tout pour qui elle travaillait et quel jeu elle jouait... Vérifiait-elle ces informations pour les transmettre à qui de droit afin d'enrayer un complot qui semblait toucher des traces importantes de l'administration satôsienne ou faisait-elle partie de cette même conspiration et s'assurait-elle qu'il n'en savait pas suffisamment assez pour leur causer du tort, voire l'empêcher de parler s'il en savait trop...). Le jeune homme déglutit bruyamment une nouvelle fois et avala rapidement une gorgée de thé. Il l'avala évidemment de travers, toute cette pression n'aidant pas et manqua de s'étrangler alors que la jeune(?) femme lui rappelait brièvement qui était le conseiller Raigen. S'essuyant une larme, le jeune bibliothécaire dont la mémoire revenait par bribes se demanda alors pourquoi personne n'avait jamais soupçonné ce dernier au vu de ses relations et ses allers-retours étranges en Wasserwelt ou si le fait qu'il épouse une autochtone était en fait un pari risqué pour le laver de quelconques accusations en misant sa défense sur les relations diplomatiques entre pays...

Edward fit alors le vide dans sa tête - ce qui n'était pas encore chose trop dure vu le vide qui l'habitait mais qui démontrait une certaine maitrise de soi et classa toutes les informations qu'il avait. Il reprit une gorgée de thé et regarda celle qui prétendait s'appeler Mei. Cette femme ne pouvait rien pour lui, et sans doute n'était-il même pas en danger. Il fallait prévenir Jayne et Luz et voir avec eux ce qu'il semblait le plus judicieux à faire. Edward avait une petite idée mais ne voulait prendre les devants - après tout, ils étaient tous dans le même bateau...

Il sourit tristement quand Mei lui demanda s'il désirait de plus amples informations et répondit :

"C'est fort aimable à vous ma dame de me proposer d'autre informations, mais le fait est que je vous ai dit tout ce que je savais et que vous ne me dites des choses que j'aurais pu trouver dans des biographies ou rapports officiels... Vous ne m'aidez pas beaucoup, et je ne sais même pas si je vous aide. Je n'aurai donc plus qu'une question. Est-ce que cette affaire comme je le crains nous dépasse vraiment ? Je veux dire, nous parlons d'un Neojin roublard à qui je ne tournerai pas le dos étant persuadé qu'il vendrait sa propre mère pour un peu d'argent, une personne de la Congrégation fuerzanne qui ne connait pas vraiment nos us et coutumes et moi qui ne saurais agir sans cette équipe aussi boiteuse soit-elle... Allez-vous faire quelque chose et pouvons-nous oublier cette histoire où n'allez-vous rien faire - ce qui entraînerait notre implication malheureuse d'une manière ou d'une autre. Et je ne parle pas d'une simple réponse affirmative ou négative. Je veux des preuves concrètes qu'il se passera quelque chose pour régler cette affaire..."

Ses paroles prononcées, Edward reboutonna tant bien que mal sa chemise et resserra sa cravate. Il passa une main gantée dans ses cheveux, remit ses lunettes correctement sur son nez et but son thé d'une traite avant de se redresser calmement, signe qu'une fois sa réponse reçue cette conversation serait terminée... Il songea qu'à moins de ne pas sortir vivant de cette pièce, il allait falloir en parler avec Luz... Et Jayne aussi dans une moindre mesure.

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Mei Waruga
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Encyclopédie vivante, je sais tout ce qu'il faut savoir.
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Non, Mei ne l'aidait pas beaucoup, c'était certain, mais elle l'avait bien prévenu que cela n'était pas dans ses intentions. Mais si Edward pensait qu'elle ne lui avait rien raconté d'inédit, c'était qu'il l'avait mal écoutée. Peut-être réaliserait-il plus tard l'importance de certaines informations, les pistes qu'il pouvait suivre, les points sur lesquels il pourrait l'interroger pour en savoir plus... Mais à ce moment-là, il serait trop tard pour questionner la femme aux cheveux gris, à moins de passer par Jayne et d'avoir d'autres renseignements intéressants à lui fournir en échange. Elle ne pouvait lui donner que des indices, ce n'était pas à elle de lui dire comment les exploiter... Heureusement, il eut le bon sens de prolonger la discussion au lieu de se contenter de ce qu'elle venait de lui apprendre. La borgne avala un peu plus de thé avant de se permettre un commentaire superflu :

"Si cela peut vous assurer, Jayne ne vendrait pas sa mère. Il me semble que vous l'avez mal cerné."

La première phrase aurait pu passer pour une touche d'humour sans la seconde, si toutefois le bibliothécaire pensait son interlocutrice capable de plaisanter. Son visage inexpressif ne permettait pas de savoir ce qu'il en était, mais de toute façon, peu importait. Reposant sa tasse, elle plongea son oeil valide dans l'un de ceux du Satôsien. Il n'avait pas compris, ou pas voulu comprendre, qu'elle n'avait pas l'intention de faire quoi que ce fût. A deux détails près.

"Cette affaire vous dépasse ; elle me dépasse aussi. Je ferai en sorte que les informations que vous m'avez fournies parviennent à des personnes qui pourraient intervenir, mais je ne peux vous assurer qu'elles le feront ou de quelle manière elles agiront. Quoi qu'il arrive, votre nom ne sera pas cité. Cela étant dit, le seul moyen que vous ayez d'obtenir des preuves concrètes qu'il se passera quelque chose ne serait-il pas d'intervenir vous-même ?"

Sur ces mots, Mei but une nouvelle gorgée de thé, comme si de rien n'était. Sa charge ne l'autorisait pas à prendre parti, mais une remarque aussi anodine ne pouvait pas être considérée comme un écart aux consignes qu'on lui avait données, si ? Personne n'aurait de toute façon vent de ce qui s'était dit entre Edward et Mei, leur rencontre même restant un secret si le blond cendré savait tenir sa langue. Ce qui, du point de vue de la borgne, était dans leur intérêt à tous les deux.

"Pour repartir, plongez le pouf dans l'ombre - du moins sa partie supérieure avec le motif que vous avez pu voir sur la lettre que je vous ai faite livrer."

Elle s'attendait à le voir partir sur le champ, et ce fut ce qu'il fit. Tandis qu'il disparaissait, Mei termina sa tasse, tranquillement. Lui n'avait peut-être pas retiré grand chose de cette conversation, mais elle avait de nouvelles informations des plus intéressantes à transmettre à qui de droit. Son thé terminé, elle se leva pour rejoindre le rez-de-chaussée. Elle n'était pas arrivée au bas de l'escalier que son apparence avait déjà changé.

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