24 Oct 2011, 18:20
3 au 6 mars : croyances en Anglyas et Neobake
Au neuvième jour, Ningyo n'arriva à la bibliothèque qu'en début d'après-midi, ayant fait la grasse matinée. Pas pour s'accorder une pause, ce qui aurait pu se justifier, mais par besoin : elle avait passé une bonne partie de la nuit à cogiter sur son hypothèse de la veille et avait donc peu dormi avant le lever du soleil, se rattrapant tant bien que mal par la suite. Son repos n'avait pas été très efficace à cause des bruits des autres chambres et de la rue, mais elle avait du travail et commençait à y prendre goût. Oh, ne vous méprenez pas : la jeune femme trouvait toujours ennuyeux de lire toute cette paperasse et de faire tous ces résumés, mais ce qu'elle avait lu ces derniers jours avait attisé sa curiosité, et elle avait hâte de faire de nouvelles découvertes excitantes en lisant d'autres documents confidentiels.
Sa réflexion de la veille, pour les curieux, n'avait pas abouti. Elle comprenait, dans une certaine mesure, les inquiétudes de l'auteur du rapport, et voyait également l'intérêt que le kage pourrait trouver à une source interne dans cette situation. Mais espionner des Fuerzos, ça semblait tellement... mal ! Même si elle ne connaissait pas ceux-ci, elle avait passé suffisamment de temps auprès de leurs semblables pour savoir qu'ils étaient pour la plupart absolument inoffensifs. Leur générosité et leur naïveté étaient peut-être caractéristiques des membres de la congrégation et pas de tout le peuple, mais dans le cas présent, elle se demandait si ce n'était pas plutôt Satô qui représentait une menace pour les Fuerzos. Après tout, c'était Satô qui établissait des rapports sur la "menace" fuerza, pas l'inverse. Enfin, peut-être aussi l'inverse, elle n'en savait rien.
Chassant ces pensées de son esprit, elle tâcha de se concentrer sur sa tâche actuelle et avala une gorgée de café - tout droit sorti d'un distributeur de boissons chaudes, ou du moins tièdes - en relisant pour la troisième fois un paragraphe dont elle n'avait rien retenu. Si la religion auguri l'intéressait, ce n'était pas le cas de son nouveau sujet d'étude : les croyances des Anglyais. C'était bien simple : ils ne croyaient en rien ! Il n'y avait pour eux que la science, la technologie, l'informatique - choses qui intéressaient Ningyo mais auxquelles elle trouvait une dimension moins spirituelle que certains auteurs de ce peuple. Quant aux quelques villages "attardés" par rapport au reste du pays, généralement proches de la Région Libre et fondés par des étrangers, ils avaient des légendes farfelues à propos des marais, à croire qu'ils avaient trop respiré le souffre qui s'en émanait. Au bout d'un moment, elle laissa tout en plan et alla s'installer dans un fauteuil confortable pour y faire la sieste.
En fin d'après-midi, revigorée par ce nouveau repos au calme, Ningyo se remit au travail. Elle commença par le dossier le plus court, un document officiel obakien et son commentaire par un historien satôsien qui s’était spécialisé dans l’étude de ce pays. On y apprenait que la pratique de la religion avait été interdite un long moment, avec une liste précise de choses qui ne devaient pas être faites - comme prononcer certains mots, faire certains gestes, ériger des temples ou représenter certains symboles - et que le document n’avait plus aucune valeur depuis la chute de l’empire obakien et la naissance de Neobake. Certains points étaient amusants, mais le commentaire était barbant et l’ancienne genin ne le lut qu’en diagonale, se contentant de résumer le document qu’il accompagnait. Sa journée de travail s'acheva sur ceci, et elle rentra à son hôtel pour y dormir une bonne dizaine d'heures.
Le 4 mars fut plus studieux : elle décida de se débarrasser aussi vite que possible de tout ce qui concernait les croyances anglyaises, ce qui fut fait en une demi-journée. Ce qu'il fallait retenir, de toute façon, c'était qu'ils étaient trop terre-à-terre pour pratiquer une quelconque religion, à part quelques Anglyais aux origines étrangères et quelques illuminés qui vénéraient l'électricité. Elle n'arrivait pas à prendre tout cela au sérieux, mais avec Neobake, ce ne fut pas tellement mieux. Avec ce qu'elle avait lu la veille, elle ne s'attendait pas à trouver grand chose sur le sujet, et effectivement, en dehors de quelques cas de "rébellion", elle n'eut pas grand chose à lire. Elle passa la majeure partie de son après-midi sur un document traitant des relations entre Potencia et les autres régions et l'influence de la religion auguri en Neobake. Très instructif, heureusement qu'il y avait le peuple coloré pour l'intéresser à tout cela.
Ce fut le onzième jour qu'elle réalisa l'ampleur du travail qu'elle avait effectué, et s'accorda une nouvelle pause. Elle décida qu'elle avait assez attendu, qu'il était temps de faire quelques recherches sur la chef des anbus et son époux afin de découvrir le fin mot de l'histoire. Elle retourna donc à la Tour du Kage pour y interroger la réceptionniste, mais au lieu de la rouquine aux cheveux bouclés, elle tomba sur son collègue en manque de café. Malgré tout, elle fut ravie de revoir Nabu qu'elle connaissait déjà, d'une part pour l'avoir vu à plusieurs reprises au Double-Edged où il était barman certains soirs, d'autre part parce qu'elle avait l'habitude de prendre ses ordres auprès de lui lorsqu'elle était guide de Satô. C'était la première fois depuis son retour qu'elle revoyait une personne déjà connue et elle se rendit compte que ce n'était pas si mal que ça. La conversation ne fut pas très longue étant donné l'état de fatigue de Nabuko, mais il lui affirma qu'il n'avait jamais entendu parler d'une grossesse de la chef des anbus.
*Elle a pu la cacher, mais bon, il l'a vue régulièrement, alors si lui n'en sait rien, les autres ne doivent rien savoir non plus. Faudrait peut-être que je demande directement à Omoi ?*Nin' avait bien pensé à Iyari, mais elle redoutait un peu de le revoir, se doutant bien qu'il devait voir d'un mauvais œil la démission de son ancien élève. Ça pouvait attendre, après tout... La discussion achevée, elle quitta donc la tour nacrée pour s'en retourner à la bibliothèque, où elle travailla sur d'autres rapports concernant Neobake - et notamment Hioshi, dont les habitants se transmettaient diverses histoires à propos des montagnes. Celles-ci n'étaient pas si différentes des légendes fuerzas, mais ressemblaient plus à des contes qu'on racontait aux enfants pour leur faire peur. Apparemment, si les habitants de la région ne croyaient pas aux dieux, ils croyaient aux démons, et semblaient même terrorisés par ceux-ci.
Elle pensait avoir tout vu lorsque, le lendemain, les derniers dossiers et rapports la détrompèrent. Ils évoquaient plusieurs cultes liés à la vitae, tous plus surprenants les uns que les autres. L'un lui rappela d'ailleurs une histoire que Tassy lui avait raconté à propos d'expériences sur la vitae... Il y avait là des histoires de convocations, avec des créatures surnaturelles que l'on vénérait et pas mal de sacrifices d'animaux ou d'êtres humains. De quoi donner froid dans le dos, mais tout cela semblait tellement absurde à Ningyo que ces histoires lui passaient par-dessus la tête. Sauf en une occasion où une main se posa sur son épaule alors qu'elle lisait l'une de ces histoires. Elle sursauta et laissa échapper un cri de surprise, avant que le visiteur qui l'avait touché lui expliquât que le fait qu'elle lût à haute voix le dérangeait. La nuit suivante ne fut pas bien longue.