02 Fév 2012, 12:27
L'enveloppe joua son rôle de manière brutale mais le réveil du forgeron raté se fit progressivement, d'un souvenir douloureux à une colère exprimée de plusieurs façons. Hiroki ne bougea pas quand son ancien élève cria sans attendre de réponse, quand il sentit un vent empli de vitae ou quand l'autre l'attrapa par le col, un geste agressif qu'il ne se serait jamais permis en d'autres circonstances. Ce fut à ce moment-là, lorsque leurs visages se retrouvèrent à une distance qui n'avait jamais été aussi faible, que l'instructeur réalisa qu'il ne souffrait pas. En cet instant précis, Hiroki était plus calme qu'il ne l'avait jamais été depuis la perte de Marika. Il pensait à elle, mais c'était comme si la tristesse et la colère de Matsuo absorbaient les siens. Un sentiment étrange mais salutaire.
L'ancien ninja laissa s'exprimer sa culpabilité et ses regrets, et Hiroki garda le silence. Réconforter les autres n'avait jamais été dans ses cordes, et ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait s'y mettre, estimant de toute façon que, si Matsuo voulait s'en sortir, c'était à lui de se ressaisir. Que pouvait-on lui dire, de toute façon, qui lui ferait de l'effet sur la durée ? Toutes les belles paroles auxquelles on pouvait penser ne changeraient rien, la douleur resterait, et le juunin le savait mieux que quiconque. Il s'en était sorti, cependant, et mettait cela sur le compte de son éducation, s'estimant chanceux d'être né au sein d'une famille où l'on apprenait à étouffer les émotions gênantes pour aller de l'avant. Matsuo n'avait pas cela, mais il avait un coupable à traquer, arrêter et punir ; et cela, Hiroki le lui enviait.
Lorsque l'artisan lui demanda pourquoi il avait pensé à lui, la réponse ne se fit pas attendre :
"Aucun bon ninja ne reconnaîtrait l'écriture de la Rose Écarlate." Les seuls à en être capable avaient été les membres de la section Ikebana, dont Matsuo était le seul membre encore en vie. Difficile, dans ce cas de figure, de ne pas penser à lui, surtout quand on l'avait eu pour élève. Et quel élève il avait été, brillant et déterminé, genin de talent qui fut prêt pour l'examen chuunin avant ses camarades et le réussit avec brio ! Ce temps ne remontait qu'à une dizaine d'années, et pourtant semblait si loin...
"Bien, puisque j'ai ton attention..."Les deux mains de l'instructeur se posèrent sur celles de son ancien élève et, avec une légère pression, les ôtèrent du col de son haori. Ce n'était pas parce que Matsuo était en colère - doux euphémisme - qu'il fallait tout lui passer. Hiroki allait apparemment devoir lui rappeler un peu ce que signifiait le respect s'il souhaitait le voir renouer avec son ancienne vocation. Mais même si son côté Hijikata l'empêchait de faire abstraction de ces considérations, il comprenait très bien les réactions de "Kenta" et en était même satisfait. C'était bien pour le réveiller qu'il était venu le voir, et maintenant que la colère du forgeron raté avait refait surface, il ne restait plus qu'à l'exploiter.
"La Rose Écarlate n'a pas fait parler d'elle depuis ce qui est arrivé à Mitsuko, et cette lettre n'a rien d'inhabituel, les Hijikata en reçoivent régulièrement depuis que mon frère est devenu kage. Il avait toujours pris la peine de préciser "
grand frère, même après l'élection de Ruko, mais depuis ce qui s'était passé avec Yasuhiro, il n'avait plus de petit frère, du moins était-ce ainsi qu'il résonnait.
Il n'est donc pas question de rouvrir l'enquête. Mais si cela devait arriver, Satô aurait besoin de toi... Si toutefois tu étais capable de faire autre chose que... Il saisit ce qui devait être une casserole, particulièrement ratée :
Ça."Reposant le récipient, il regarda Matsuo dans les yeux, très sérieux :
"Comptes-tu rester forgeron toute ta vie ?"